Le ying et le yang
Le ying et le yang

 

La légende de l'homme au puits

"Budasf : Dis-moi une parabole sur la signification du monde et la façon dont il égare ceux qui s'y attachent"
"Bilawhar : on raconte qu'un homme était parti dans le désert. Et comme il allait, voilà qu'un éléphant en rut se précipita sur lui. Alors l'homme prit la fuite, tournant le dos à l'éléphant qui le poursuivait. La nuit le surprit et le contraignit à se jeter dans un puits, où il demeura suspendu, accroché à deux rameaux qui poussaient sur son bord, et les pieds posés, pour les appuyer sur quelque chose qui était sur la paroi du puits. Le matin venu il regarda les deux rameaux, et il vit à leurs pieds deux rats, l'un blanc et l'autre noir, qui rongeaient les deux rameaux sans cesse. Puis il regarda ce qui était sous ses pieds : c'était quatre vipères qui sortaient la tête de leur trou. Puis il regarda au fond du puits : il y vit un dragon la gueule béante, qui attendait de le dévorer. Puis il leva la tête vers la base des rameaux ; ils portaient sur le haut un peu de miel. Alors, il approcha les rameaux de sa bouche, et goûta quelque peu de la douceur de ce miel. Et la douceur qu'il trouva à ce qu'il en avait goûté le retint dans ses jouissances immédiates et le détourna de songer et de penser aux deux rameaux auxquels il était accroché , alors qu'il voyait bien la hâte des deux rats à les dévorer, aux quatre serpents sur lesquels il s'appuyait, sans savoir quand l'un d'entre eux s'élancerait sur lui, au dragon la gueule béante, sans savoir ce qu'il adviendrait quand il tomberait au fond de son gosier.
Et bien le puits, c'est le monde plein de malheurs et d'épreuves. Les deux rameaux c'est cette vie blâmable. Les deux rats blanc et noir c'est le jour et la nuit. Leur hâte à dévorer les rameaux, c'est la hâte des jours et des nuits à dévorer la durée des existences. Les quatre vipères, ce sont le humeurs du corps, qui sont des poisons mortels. Le dragon la gueule béante prêt à dévorer, c'est la mort qui guette. L'éléphant c'est la durée de l'existence qui tend vers elle. Et le miel, c'est l'aveuglement des hommes égarés par le peu de plaisir de vie qu'ils obtiennent de ce monde."

Cette légende de l'homme au puits, ici dans sa version arabe ismaélienne, se retrouve dans toutes les grandes religions orientales (dans le cas du Bouddhisme, Budasf n'est autre que Bouddha et Bilawhar le maître). Cette légende a été reprise dans le bassin méditerranéen et pourrait être à l'origine de certaines sculptures que l'on trouve parfois sur nos églises où des rats rongent la base d'une colonne comme à Vezelay par exemple sur le côté du portail central de l'église abbatiale (XIIème siècle).

Colonne de L'église de Veselay
Colonne de L'église de Veselay